24.01.2010
Machisme et politique... tout un programme
Lorsqu’une femme est candidate pour un poste aussi prestigieux que la Présidence de la République , on se pose toujours la même question :
« Est-ce en soit une avancée contre le machisme qu’une femme accède au plus haut poste de l’Etat ? Est-ce le signe irrévocable que la place des femmes dans une société donnée a changé ? Que la perception de la femme y est différente ? »
Vaste question qui nécessiterait très probablement une réponse de type thèse-antithèse–synthèse… pour faire court, on préférera ici une simple anecdote:
Lors d’un porte-à-porte dans une communauté, l’une des responsable d'un parti venue faire du prosélytisme pour sa candidate s’est donc mise en charge d’expliquer à un groupe de mères-célibataires qu’une femme au pouvoir, c’était une avancée sociale incroyable :
« Tout le monde sait qu’un homme gouverne rationnellement, alors qu’une femme fait de la politique avec son cœur… pour les enfants… pour les pauvres… pour les femmes »
Du coup, je pense que nous pouvons conclure que, dans le cas costaricien, non, l’arrivée d’une femme dans les plus hautes sphères du pouvoir n’est pas le résultat d’une évolution significative des mentalités.
Forte de cette réponse, je vous souhaite une très bonne nuit.
Camille
13:20 Publié dans Je politique, tu politiques, il politique... | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : politique, femme, candidate, société, machisme
La routine...
Aujourd’hui, alors que je partais suivre des militants locaux dans leurs promenades quotidiennes, je me suis mise à penser que tout cela devenait un peu « routinier » : la chaleur… la pauvreté… les jeunes garçons désœuvrés à tous les coins de rues… les visites au pas de courses de politiques en quête de votes… Bref, je faisais ma blasée.
Après, j’ai croisé un groupe de jeunes garçons type « jeunes consommateurs (ou/et dealers) de drogue – porteurs d’arme ». Jusque là, rien de très original. Mais, à ma grande surprise, les chapulines en question avaient troqué leur arme à feu pour un animal… le rottweiler et le pitbull ayant du leur paraître trop conventionnels… ils leur avaient préféré un boa, bien plus couleur locale vous en conviendrez.
Après avoir failli me faire écraser par un camion poubelle (quand je vois un serpent, j’ai peur… quand il est plus large que mon bras et mesure plus d’un mètre, j’ai très peur et je fais des écarts parfois inconsidérés pour m’en éloigner…), j’ai repris le cours de mes pensées… après tout, mon ennui n’était peut-être pas totalement légitime, le Costa Rica me réservait encore bien des surprises.
PS : J’avais bien pensé vous mettre une jolie photo de boa… mais comme je vous disais, les serpents me font peur… même en photo.
12:52 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : routine, surprise, chapulines, serpent
22.01.2010
De la dangerosité de marcher en sandale... (et de l'intérêt des bottes en caoutchouc).
Comme partout, les gens aiment le sensationnel… quand on raconte une histoire qui fait peur… on aime lire la peur dans les yeux de notre auditoire… quand on raconte une histoire d’amour, on aime voir les yeux de nos auditeurs scintillés… Du coup, lorsque quelqu’un veut vous raconter quelque chose, il vous raconte assez peu sa journée au boulot… parce que si je commence à vous dire « hier, je me suis levée, j’ai allumé mon ordi. J’avais reçu 8 mails, que je les ai lu consciencieusement »… vous allez arrêter de lire mon blog… par contre, si je vous raconte ma journée en vous parlant du tremblement de terre qui m’a réveillée ce matin… là tout de suite… je sais que j’ai éveillé votre intérêt !
Si le fait de vouloir éveillé l’intérêt de l’autre est finalement quelque chose de très commun, certaines personnes ont besoin d’éveiller l’intérêt et de l’admiration chez l’autre pour pouvoir vivre. C’est le cas de l’un des messieurs que j’accompagne régulièrement dans ses activités politiques. Pour éveiller mon intérêt… il a tout essayé… « tu sais, si tu veux, je peux t’emmener dans l’endroit le plus dangereux du quartier ! » ; « Tu connais la Cueva del Sapo ? » ; « Tu aimerais voir un combat de coq ? » ; « Si tu veux, je peux t’emmener dans un quartier où la drogue est partout ! »… au début, j’essayais d’être poli, en répondant que ça serait avec plaisir que je l’accompagnerais… ensuite, il s’est rendu compte que les dirigeants locaux ne l’avaient pas attendu pour m’emmener dans ces endroits assez peu recommandables… du coup, vexé, il a surenchéri : « Et tu y a été en plein milieu de la nuit ? »… là, il a bien fallu couper court. Ma thèse portant sur la participation politique dans les quartiers marginaux de la capitale, je n’avais pas grand intérêt à aller risquer ma vie… et franchement, les dealers de drogue et les coqs n’étant pas ma plus grande passion… nous en resterions là. Mais il n’en démord pas… Sa nouvelle lubie, c’est de m’emmener me promener dans le bidonville qui longe le rio Virilla…. [Pour information, le « paradis vert » qu’est le Costa Rica détient le record de la rivière la plus polluée d’Amérique centrale, et justement, c’est la Virilla.] Du coup, chaque fois qu’il me voit, il me demande si j’ai fini par m’acheter des bottes en caoutchouc… afin qu’il m’emmène visiter ce lieu enchanteur où je pourrais enfin observer de près la vraie pauvreté costaricienne… avec ses drogués… ses dealers… et ses coqs.
Toute cette introduction sinueuse pour vous dire que je ne dispose pas (encore) de bottes en caoutchouc pour aller faire mes enquêtes de terrain mais qu’il est possible que dans un avenir proche je fasse un investissement de ce type. Déjà, je mets des baskets, des chaussettes montantes et j’évite les pantacourts. [Je fais ça depuis que l’on m’a fait remarquer lors de ma première venue que les tongs c’est chouette… mais que ça ne protégeait pas contre les champignons, la dengue et le paludisme].
Mais quand même… moi, j’aime bien être en tong… avoir les orteils à l’air… surtout quand il fait plus de 30°C à l’ombre.
Ces derniers temps, les visites de candidats ayant donné lieu à de nombreuses promenades dans les communautés, je me forçais cependant : pantalon long – tee-shirt long – chaussures et chaussettes… De fait, pour impressionner les candidats sans les faire fuir… les dirigeants locaux ont tendance à préférer la route principale… bien, on passe parfois dans les ruelles plus reculées des bidonvilles… en restant cependant toujours dans des endroits relativement sains…
Du coup, ce matin (juste après que le tremblement de terre ne m’ait réveillée), j’ai décidé de céder… juste pour une fois aux désirs de mes pieds… je suis partie avec mes sandalettes… (très saillantes szoit dit en passant)… et un pantacourt.
Bien mal m’en a pris. Quand je suis arrivée David et Yerlin m’ont expliqué que face aux mécontentements des habitants de leurs secteurs, ils allaient faire visiter au candidat du jour, le « vrai » San Juan. J’ai bien pensé à leur signaler que je portais des sandalettes… et que peut-être, on aurait pu garder ce parcours pour un autre jour. Vu que cela allait à l’encontre de tous mes préceptes (oui messieurs dames, j’ai des préceptes), j’ai suivi la visite sans rechigner... entre les maisonnettes de taules… le long des ruisseaux d’eaux usées… dans la bouillasse… entre les déchets divers et variés…
Alors que la visite arrivait à sa fin, dans un autre secteur bien plus urbanisé du quartier… et que j’allais enfin pouvoir me laver les pieds, madame Norma est arrivée : « dis, tu dis toujours que tu viendras voir ma maison, et tu ne viens jamais… on est juste à côté ! », du coup, j’ai été voir la maison de madame Norma… « oui, très joli ! Si je viendrais à la cérémonie du départ de la crèche ? c’est quand ? mercredi ? ça va être difficile… je crois que mon agenda est plein… » (oui, je sais c’est mal de mentir… très mal). Quand je suis revenue… mon chauffeur avait disparu… on reviendrait me chercher plus tard. Du coup, madame Norma a eu une idée excellente : « tu as déjà visitée le bidonville de Tarzan ? ». C’est donc avec mes sandales… toujours mes sandales… que j’ai suivi madame Norma dans le chemin sinueux de la favela… ici, les ruisseaux d’eaux usées était carrément des rivières… avec de magnifiques cascades… et des jolis petits ponts…. les déchets éparses, des amoncellements de poubelles en tout genre… le tout dans une atmosphère que je n’aurais pas peur de décrire comme putride…
Sur ce, je vais aller désinfecter mes pieds, et forte de cette nouvelle leçon de la vie, je porterai dorénavant des chaussures fermées (voire même des botes en caoutchouc).
Je vous embrasse (même si c’est assez peu hygiénique étant donné les circonstances).
Cam
22:16 Publié dans Je politique, tu politiques, il politique... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sandales, bottes, coq, pauvreté, bidonville, costa rica




